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L'histoire du blackjack

Aucun jeu de table n'est aussi joué dans le monde que le blackjack. Pourtant, son nom actuel n'a guère plus d'un siècle. Voici comment un simple jeu de cartes européen est devenu le pilier des casinos, et pourquoi des mathématiciens s'y sont passionnés.

Des ancêtres européens : le « vingt-et-un »

L'idée de base, approcher un nombre sans le dépasser, se retrouve dans plusieurs jeux de cartes européens anciens. La trace écrite la plus souvent citée vient d'Espagne : dans la nouvelle Rinconete et Cortadillo, publiée par Miguel de Cervantès en 1613 dans ses Nouvelles exemplaires, deux jeunes tricheurs jouent à la veintiuna (« vingt-et-un »). On y trouve déjà le principe qui fait encore le sel du jeu aujourd'hui : il faut atteindre 21 sans le dépasser, et l'As peut valoir 1 ou 11.

En France, le vingt-et-un est un jeu de cartes répandu au XVIIIe siècle. D'autres cousins existent, comme le sette e mezzo italien (« sept et demi »), qui se joue avec un jeu plus court et dont l'objectif est d'approcher 7,5 points. Ces jeux ont en commun la tension qui fait tout le charme du blackjack : chaque carte supplémentaire peut améliorer votre main… ou la ruiner.

L'arrivée en Amérique et la naissance du nom

Le vingt-et-un traverse l'Atlantique avec les colons et se joue dans les salles de jeu américaines au XIXe siècle. L'explication la plus répandue du nom « blackjack » est la suivante : pour attirer les joueurs, certaines maisons de jeu auraient offert un bonus, parfois annoncé à 10 contre 1, à qui obtenait l'As de pique accompagné d'un valet noir (le « black jack »). Le bonus a disparu, mais le surnom est resté, et désigne désormais n'importe quel As associé à une carte valant 10.

En 1931, l'État du Nevada légalise les jeux d'argent. Le blackjack s'installe dans les casinos de Reno puis de Las Vegas, avec les règles que nous connaissons : le croupier joue selon une règle fixe, le joueur décide librement, et le blackjack est mieux payé qu'une victoire ordinaire.

1956 : quatre ingénieurs et une calculatrice

Pendant longtemps, chacun joue « au feeling ». En 1956, quatre ingénieurs de l'armée américaine, Roger Baldwin, Wilbert Cantey, Herbert Maisel et James McDermott, publient dans une revue de statistiques un article décrivant la manière optimale de jouer chaque main. Ils ont réalisé leurs calculs à la main et avec de simples calculatrices de bureau, pendant des mois. C'est la naissance de la stratégie de base, cette table qui indique quand tirer, rester, doubler ou séparer selon votre main et la carte visible du croupier. Elle montre que l'avantage de la maison devient très faible quand on joue parfaitement.

1962 : Edward Thorp et le comptage des cartes

Quelques années plus tard, le mathématicien Edward O. Thorp s'intéresse au travail de ces quatre pionniers. Il pousse l'analyse plus loin à l'aide d'un ordinateur et montre qu'au blackjack, contrairement à la roulette, les coups ne sont pas indépendants : les cartes déjà sorties changent la composition du paquet. Quand il reste beaucoup de 10 et d'As, le joueur est avantagé ; quand il en reste peu, c'est la maison.

Son livre Beat the Dealer, paru en 1962, popularise le comptage des cartes : suivre mentalement les cartes sorties pour miser davantage quand le paquet est favorable. Le succès est tel que les casinos réagissent : ils multiplient le nombre de jeux dans le sabot, remélangent plus tôt et surveillent les joueurs dont les mises varient trop. Le comptage n'est pas illégal, mais un casino peut refuser un joueur. Des équipes organisées, dont une célèbre équipe d'étudiants du MIT dans les années 1990, ont pourtant continué à exploiter cette idée.

Le blackjack aujourd'hui

Dans les casinos modernes, le blackjack se joue le plus souvent avec six ou huit jeux mélangés dans un sabot, parfois avec des machines qui remélangent les cartes en continu pour rendre le comptage inutile. Les règles varient d'une table à l'autre, et certaines sont nettement moins favorables au joueur : la plus connue est le blackjack payé 6 pour 5 au lieu de 3 pour 2. Notre article sur les variantes du blackjack détaille ces différences.

Le jeu s'est aussi installé en ligne et sur mobile, où il se joue souvent… sans argent. C'est le cas de GNZ Blackjack : un sabot de six jeux, des règles classiques et généreuses (blackjack payé 3 pour 2, croupier qui reste sur 17), mais uniquement des jetons virtuels. Ici, savoir compter les cartes ne vous rendra pas riche, mais connaître la stratégie de base vous fera grimper plus vite du garage au palace du million.

À retenir

  • Le blackjack descend des jeux de « vingt-et-un » européens, déjà décrits au début du XVIIe siècle.
  • Le nom viendrait d'un ancien bonus pour l'As de pique accompagné d'un valet noir.
  • La stratégie de base est publiée en 1956 ; le comptage des cartes est popularisé par Edward Thorp en 1962.